Les chauves sont plus séduisants selon des études américaines

Les chauves Kelly Slater
 

 

Les chauves incarnent aujourd'hui la maturité sociale

Les chauves ont été vus longtemps vénéneux, fourbes, vilains. Regardez la longue liste des méchants sur grand écran : pas un poil sur le caillou de Nosferatu, guère plus sur celui de Dr Denfer (l’odieux rival d’Austin Powers) ou de Lex Luthor (l’un des ennemis de Superman), sans parler de Voldemort… Longtemps, calvitie a rimé avec perfidie. Mais pourquoi ? Parce que depuis Samson (la Bible, donc), dont la force s’est envolée avec les tresses que Dalila lui a coupées dans son sommeil, on a établi une « association entre rasage et castration symbolique », explique l’ethnologue Christian Bromberger, auteur de Trichologiques. Une anthropologie des cheveux et des poils (Bayard, 2010). En clair : pas de cheveu = pas de force ; pas de force = pas de virilité ; pas de virilité = jalousie, aigreur et besoin de se venger. 

Mais ça, c’était avant… Ces dernières années, plusieurs études sont venues battre en brèche cette équation primaire. Notamment les travaux de Frank Muscarella, de l’université de Barry, en Floride. Le psychologue américain a constitué un panel de 200 étudiants en psychologie, filles et garçons, à qui il a présenté trois groupes de photos des mêmes hommes (chevelus, perdant leurs cheveux et complètement chauves). Chaque étudiant a ensuite été invité à noter le pouvoir de séduction des hommes photographiés et à lister les qualités associées à chaque portrait.

Conclusion : les chauves sont jugés intelligents, influents, honnêtes, solidaires, bien élevés, sérieux, moins agressifs… Certes, ils apparaissent un peu moins sexy. Mais ils incarnent « la maturité sociale », comme le note Frank Muscarella dans les conclusions de son enquête. Des observations qui confirment ce que constatait déjà, en 2012, le psycho-sociologue Albert Mannes, de l’université de Pennsylvanie. Le chercheur pointait une perception du chauve « dominant, plus grand et plus fort ». Et conseillait aux mâles inquiets de leur pilosité clairsemée « de se raser au lieu de dépenser chaque année des milliards à essayer de guérir de la perte de leurs cheveux »

Les chauves qui le sont devenus suite aux traitements : répercussions psychologiques

De quoi rassurer les 25 à 30 % d’hommes touchés par l’alopécie, non ?

La question fait sourire Patrick Ben Soussan, oncopsychologue à l’institut Paoli-Calmettes, à Marseille :

« C’est vrai que si on s’en tient à une lecture purement psychanalytique, l’homme au crâne dégarni est la plus belle représentation du phallus qui soit : c’est un sexe masculin debout ! » Mais le praticien relativise : « Il faut différencier le crâne rasé de la perte de cheveux. Depuis les années 2000, l’homme qui choisit de se raser la tête pour s’engager, d’une certaine façon, dans une autre vie est perçu positivement – bon manager, dirigeant d’entreprise, puissant, etc. Cet homme-là fait un sacrifice et il est apprécié en conséquence.

À l’égal de celui qui, jadis, entrait dans les ordres, en somme. Mais, quand on est malade, ce n’est évidemment pas la même chose. Lorsque l’on est atteint de calvitie ou d’alopécie à la suite d’un traitement chimiothérapique ou hormonal, on n’est pas dans le même champ. Les répercussions psychologiques sont importantes. Aucun homme n’aime ça, et c’est encore plus violent s’il est jeune. » Car, évidemment, le patient n’a rien choisi, lui…

« Ces cheveux qui tombent, c’est l’aspect visible de quelque chose qui ne fonctionne pas, poursuit le psychologue. Le malade perd un lien à son corps, à sa libido, à sa sexualité. Sa souffrance est réelle. Bien sûr, à la différence d’une femme, un homme peut toujours se raser et arborer un crâne chauve sans que cela soit une atteinte à sa masculinité. D’ailleurs, on invite parfois les hommes sous traitement à se raser pour qu’ils ne se sentent pas honteux, diminués. Sur le mode “saisissez-vous du truc plutôt que de le subir”, on leur laisse entendre qu’en se rasant ils vont acquérir une nouvelle identité. Mais, au fond, ça ne fonctionne pas. Les types sont malheureux quand même… »

Les chauves : une masculinité stéréotypée

Alors, les études de Frank Muscarella et Albert Mannes seraient-elles tirées par les cheveux ? Un poil, aux yeux de l’onco­psychologue. « Il faut bien prendre en compte que ces travaux sont anglo-saxons. Tous incarnent au fond une vision très occidentalo-centrée de l’homme : le mâle à la Bruce Willis a l’assurance des pays riches. Et, à l’inverse, l’homme qui a les cheveux longs, c’est Brice de Nice, un hippie, un branleur, quoi ! » Une analyse que partage peu ou prou Christian Bromberger quand il décrit, dans son ouvrage, à quel point l’absence de poils souligne l’évolution de notre humanité : « D’une part, le lisse s’inscrit dans un processus général de désanimalisation, de désodorisation des corps qu’incarnent, sur un mode hyperbolique, les héros futuristes de bandes dessinées et de romans de science-fiction. De l’autre, le lisse permet de mieux mettre en relief un corps sculptural et musclé, emblème de virilité. »

Et alors ça, il suffit d’allumer n’importe quel écran pour s’en convaincre. La boule à zéro renvoie désormais à une masculinité stéréotypée, peuplée de héros testostéronés tous muscles dehors, à la Dwayne Johnson ou à la Vin Diesel. « Le mec au cheveu ras, c’est l’athlète, le soldat, l’acteur de cinéma, remarque Patrick Ben Soussan… Ça peut être une représentation positive à laquelle s’identifier, mais tous les hommes n’ont pas nécessairement envie de s’inscrire dans cet imaginaire-là. » Surtout pas ceux sur qui se sont brutalement abattus les traitements.

Moralité : gardons-nous de ranger tous nos crânes d’œufs dans le même panier. La calvitie ne se vit pas de la même manière suivant qu’elle a été choisie ou subie… Mais réjouissons-nous quand même de ce que les chauves ne soient plus systématiquement stigmatisés. Félicitons-nous de ce qu’un homme puisse être jeune et viril sans un poil sur le caillou. Et du coup, Messieurs les dégarnis, sortez, remontez votre col et relevez la tête (nue). 

Coralie Bonnefoy

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