L’Edito

Un Pari

Béatrice Lorant, directrice de la rédaction

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Avec Rose, je ne dirais pas que les choses étaient simples, non. Mais enfin, nous étions des femmes qui nous adressions à des femmes. Mieux, Céline Lis-Raoux, la fondatrice, avait elle-même traversé un cancer et, autour d’elle, nous étions toutes d’anciennes malades ou proches de femmes malades. Nous avions toutes cette intuition de savoir quoi dire, quoi faire. Nous étions sûres de trouver en face de nous, autour de nous, une « communauté ». Avec vous, Messieurs, les choses sont moins évidentes ! À ce point d’ailleurs que nous n’avons pas seules décidé de Blu. C’est même plutôt vous qui nous y avez poussées. Au fil des (jeunes) années de Rose, vous avez été de plus en plus nombreux à nous écrire votre plaisir de découvrir Rose dans vos salles d’attente et votre regret de n’avoir pas un « Bleu » à vous. Parmi vous, Jean Nerva, ancien snowboarder pro et ancien journaliste-photographe de ski et de moto. Un jour, alors que j’étais plongée dans Rose 8 mais déjà en train de réfléchir à un possible Bleu/Blue/Blu, j’ai reçu un mail de cet inconnu qui me demandait si je pouvais relayer l’existence de son association (voir p. 24). Il joignait quelques photos à son mail et espérait que le fait d’être un homme, donc « hors cible » a priori, ne constituerait pas un handicap… Non seulement ses photos et son témoignage sont parus dans Rose 8, mais nous sommes restés en contact et il a été le premier à soutenir et à alimenter spontanément Blu. Son enthousiasme nous a portées et nous a aidées à construire, un peu à tâtons, je dois l’avouer, ce premier numéro. C’est un pari. Il ne tient qu’à vous de l’enrichir et de l’améliorer. Envoyeznous vos commentaires, vos témoignages et vos envies sur notre page Facebook. Écrivez-nous. En attendant, je laisse la parole à Jean, qui a lui aussi quelques mots à vous dire…

Jean Nerva “échangeons, créons…”

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À trois ans d’intervalle, j’ai contracté deux lymphomes. Je sais que face à cette maladie, même bien entouré, on est seul. Seul face au développement anarchique de ces cellules anormales, mais aussi seul face à ses angoisses, à ses peurs et à ses interrogations. Guérir, ce n’est pas seulement offrir ses veines aux médicaments. C’est aussi dialoguer avec son corps, être capable d’une remise en question quasi existentielle. À cet instant précis, l’homme a besoin de communiquer avec ses semblables – tous ces autres qui font notre belle humanité –, pour tenter de trouver des réponses à ses incertitudes. Comment guérir ? Comment vivre en chambre stérile ? Comment se reconstruire ? Comment rebondir après ce tsunami physique et psychologique ? Comment enfin être un homme, digne du poème If de Kipling, après tous ces traitements et toutes ces épreuves qui mettent à mal notre intégrité, notre mental et notre vitale libido ? Blu, le nouveau magazine que vous tenez entre les mains, se veut être un moyen d’échange entre nous, un trait d’union entre toutes ces souffrances, tous ces doutes mais aussi toutes ces énergies et ces espoirs de vie nouvelle qui naissent, portés par l’esprit de solidarité et de partage dont nous sommes capables. Approprions le nous, échangeons, créons, faisons preuve de combativité et d’imagination face à l’adversité et ensemble… nous revivrons !

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